Entreprises familiales, solidarité et action contre virus, sidération et repli sur soi

Entreprises familiales, solidarité et action contre virus, sidération et repli sur soi

Notre monde traverse actuellement un moment exceptionnel, une crise sanitaire globale doublée d’une rupture économique majeure, sur fond de bouleversement climatique et social de long terme. Tout vient remettre en cause le référentiel dans lequel l’humanité évolue.

Passée la période de sidération dans un temps émotionnellement très fort, et quelle que soit la population concernée, nous constatons de plus en plus distinctement chaque jour, l’envie d’une multitude d’acteurs, en particulier parmi les entreprises, de s’engager (corps et âmes) pour œuvrer à la sortie de crise, participer à l’effort collectif et se tourner vers l’avenir… Dans le nombre des actions relevées au fil des articles et contributions sur les réseaux sociaux, nous assistons à une vague d’initiatives portées par les entreprises familiales.

Pourquoi et comment l’entreprise familiale se sent-elle investie dans l’intérêt général et agit plus vite, plus fort et pas – forcément – dans son intérêt financier ?

Les entreprises familiales vivent des situations très diverses

Tout d’abord, dans l’échange avec nos clients actionnaires et dirigeants d’entreprises familiales, nous entendons de fortes disparités de situations dans le contexte actuel :

  • Il est question de survie pour certains : quand on ne peut plus livrer, plus facturer, quand la perspective de cash montre une tension de court terme, comment réagir ? Et ce d’autant plus que nombre d’entreprises françaises ont déjà vu leur activité lourdement pénalisée par les mouvements sociaux des derniers mois
  • Il est question pour d’autres de continuer à produire, voire de faire face à un surcroît d’activité, avec des difficultés d’approvisionnement, des réductions d’effectifs (absences, prises en charge des enfants), dans le contexte sanitaire qui peut poser des difficultés spécifiques (dans l’agro-alimentaire par exemple)
  • Il est parfois “simplement” question de faire face à la difficulté sanitaire et d’adapter les organisations et modes de fonctionnement pour assurer la sécurité de tous (masques, gants, distanciation, télétravail etc.)
  • Il est enfin question de gestion d’une crise à répétition ou en domino pour les entreprises, de toute taille, qui ont une activité très internationale : elles connaissent réunion de crise sur réunion de crise, en fonction de l’évolution des situations pays par pays…

Ces situations d’urgence que nous avons toutes rencontrées au cours des dernières semaines risquent de devenir peu à peu une nouvelle “routine” des mois qui s’annoncent. Les sociétés s’adaptent pour gérer leur quotidien et préparer la sortie de crise à leur niveau.

Dans ce contexte, au-delà de la pression économique, le véritable guide à l’action est le sens que l’on donne à son projet et autour duquel le dirigeant et l’entreprise mobilisent leurs parties prenantes. L’action en période de crise démontre ou révèle ce sens (voir notre article du 24 mars sur Actionnaires, quel projet pour “le jour d’après” ?).

En effet quand la situation oblige à sortir du référentiel habituel de l’activité pour toutes les raisons citées plus haut, vers quoi faut-il aller ? Dans quelle optique faut-il penser un nouveau modèle d’organisation ? Pour quoi faire, pour vendre quoi, à qui, comment, sous quelle forme ? Avec quels partenaires, choisis suivant quels critères ?

On voit ainsi émerger dans l’action ou la réaction le sens que l’on donne à son projet globalement et le rôle que l’on souhaite jouer avec son organisation. Ce sens se précise même parfois avec l’envie de s’engager dans le “combat” et de le faire pour l’intérêt général – avant tout.

Les entreprises familiales s’engagent avec enthousiasme et suivant leurs capacités

Au-delà de l’action des entreprises familiales dont l’engagement fait partie d’un ADN explicité et cultivé, nous observons aussi des réactions plus “instinctives” de certains autres dirigeants, actionnaires et salariés qui agissent par solidarité, avec leurs cœurs, leurs âmes. Pas besoin alors d’avoir explicité ses valeurs et d’afficher sa mission, celles-ci s’expriment d’elles-mêmes dans des contextes aussi paroxystiques.

Un sens de l’action vers le bien commun apparaît. Ces entreprises affichent par l’action et l’expression de cette solidarité leur ancrage dans leur écosystème et dans leur région, et le rôle qu’elle s’y assignent, ainsi que le montrent tous les exemples d’actions que nous listons plus bas. C’est en ce sens que la crise apparaît comme révélateur des valeurs, d’une vision et de la mission que ces entreprises se donnent.

Elle est aussi le révélateur de la force des écosystèmes fédérés par les entreprises avec l’ensemble des parties prenantes à leur activité : il y a fort à parier que les actions conduites dans ce contexte si difficile, comme les comportements entre partenaires (bon ou mauvais, en soutien ou en repli sur soi) marqueront durablement les relations d’affaires. Sortant d’une telle période de bouleversement, le dirigeant sait qui partage son système de valeurs, sur qui il peut compter et avec qui les alliances ne pourront plus être que de circonstance voire tout simplement plus possibles.

Un (mauvais) exemple de grand groupe ayant annoncé un gel des paiements à ses fournisseurs a fait grand bruit dans les premiers jours de la crise, il est évident que cet acteur va devoir œuvrer profondément pour restaurer la confiance de ses partenaires.

A l’inverse, jouant un rôle positif dans leur écosystème (à la mesure de leur capacité), parfois bien au-delà de leur pur intérêt économique, les entreprises créent de nouveaux liens avec leurs parties prenantes, que ce soit leurs salariés, leurs clients, leurs actionnaires, leurs soutiens financiers.

Il est ainsi vraisemblable que nous observerons à l’issue de cette crise au déploiement de nouveaux écosystèmes solides qui auront été redessinés en fonction des comportement révélés (bons ou mauvais). Quid des actionnaires et dirigeants qui n’auront pas su trouver leur mode d’action ?

Nous avons sélectionné ci-après quelques exemples parmi ces centaines d’entreprises qui se mobilisent. Personne ici ne souhaite donner de leçons ou fixer un étalon de vertu dans la crise : les actions listées ci-dessous sont très « positives », emblématiques et très visibles, mais de « simples » comportements de soutien entre partenaires sont tout aussi chargés de sens (comme par exemple un client qui tient à honorer ses factures dans un contexte parfois très tendu pour lui aussi). (Voir ci-après).

Cette crise est révélatrice de la responsabilité sociétale portée par les entreprises familiales et leurs actionnaires

Nous prenons donc le parti d’observer cette crise comme le révélateur du sens que l’entreprise et l’actionnaire donnent à leur action. Ce contexte d’une complexité sans précédent permet l’expression d’un nouvel élan de solidarité, et la réaction des entreprises, notamment familiales, porte en elle de nouveaux modèles d’action et de collaboration.

Merci à toutes ces personnes et entreprises de nous rendre optimistes sur la capacité de résilience de notre société !

Revue de presse de quelques exemples de messages positifs et de bonnes nouvelles. Démonstration de l’action dans la crise à un moment où certains sont bloqués.

Production de gel hydroalcoolique:

  • Coronavirus : LVMH livre du gel hydroalcoolique aux hôpitaux de Paris –L’article par ici
  • L’OREAL lance un plan européen de solidarité Coronavirus – L’article par ici 
  • Clarins va produire 100 tonnes de gel hydroalcoolique d’ici à fin avril et offre 30.000 crèmes hydratantes aux hôpitaux – L’article par ici
  • [Covid-19] Pierre Fabre lance la production de gel hydroalcoolique sur son site de Soual – L’article par ici
  • Spécialisée dans la création d’arômes et de parfums, l’entreprise du Bar-sur-Loup produit depuis plus de quinze jours une solution hydroalcoolique pour aider à faire face au coronavirus – L’article par ici
  • Les parfums Jean Bouis fondés par son arrière grand-père, fabrique du gel hydroalcoolique « pour dépanner le personnel soignant, les ambulanciers, le CCAS et les Ephad de Vallauris… » – L’article par ici
  • Sofia Cosmétiques à Carros a anticipé la pénurie de gel hydroalcoolique – L’article par ici
  • Quai Sud met ses outils et équipes de production au service de sa voisine Sanogia « qui avait besoin d’accélérer sa production », explique Thomas Weller, dirigeant de la PME dont on peut retrouver les produits dans les épiceries fines et autres jardineries – L’article par ici

Production de masques (en direct ou via les directions des achats/importations)

  • LVMH et Bouygues font des dons massifs de masques – L’article par ici
  • La Flèche : Confection fléchoise fabrique des masques à la place des couches – L’article par ici
  • Les Tissages de Charlieu ont bouleversé leur outil de production pour fabriquer 130 000 masques de protection contre le Covid-19 par jour, au lieu de leurs habituels tissus jacquard. Les commandes affluent – L’article par ici
  • [Coronavirus] Blanc des Vosges se mobilise pour fabriquer des masque – L’article par ici
  • «Un masque = une vie» : comme d’autres, Interstyl relève le défi – L’article par ici

Dons aux hôpitaux :

  • le leader des fruits secs livre 2 tonnes à l’hôpital de Rambouillet et aux secouristes – L’article par ici
  • 2 000 repas ont été distribués gratuitement au CH de Roanne par Valentin Traiteur SA. (page linkedin de l’entreprise)

Actions spécifiques par métier :

  • [Coronavirus] Pourquoi Philippe Journo, président de la Compagnie de Phalsbourg annule les loyers de ses locataires ‘‘non-al’’ – L’article par ici
  • La Corvette: production de savon, baisse des prix de vente – L’article par ici
  • Continuité de l’activité – L’article par ici

Tous les métiers qui continuent de jouer leur rôle essentiel dans ce contexte difficile

Et toutes ces actions, pour impactantes qu’elles soient, ne doivent pas masquer l’engagement du quotidien de toutes les organisations qui garantissent le bon fonctionnement de l’essentiel à la vie de notre société pour passer le moins mal possible cette situation si difficile. Nous pensons bien sûr aux acteurs des secteurs de l’agriculture, de l’agro-alimentaire, des services financiers, de la logitistique, de la grande distribution, du nettoyage (mention spéciale à Utile&Agréable), de la santé, de la sécurité…