Family & Business Podcast reçoit Stéphanie de Beaumont

EP 19 – Impact social et investissement : discussion avec Stéphanie de Beaumont

La philanthropie familiale

Dans cet épisode du Family & Business Podcast, Jonathan Chaignon accueille Stéphanie de Beaumont, Directrice générale déléguée de Phitrust, pour explorer l’investissement à impact social et son rôle dans les stratégies des entreprises familiales.

Stéphanie partage sa vision sur la manière dont Phitrust, pionnier de l’investissement à impact et de l’engagement actionnarial, intègre l’impact social dans ses décisions d’investissement et comment cela s’inscrit dans un modèle de gestion à long terme.

Au programme de cet épisode :

  • La « philosophie Phitrust » et son approche de l’investissement à impact
  • Comment les familles actionnaires peuvent allier impact social et objectifs patrimoniaux
  • L’intégration de l’impact social dans les stratégies d’investissement en quelques illustrations

“L’impact ne doit pas être la cerise sur le gâteau: il est au cœur de la stratégie d’investissement.”

Phitrust: mission, deux moteurs, une même exigence d’impact

Société de gestion indépendante devenue société à mission en 2021, Phitrust investit pour agir: faire grandir des entreprises qui placent l’humain et la planète au cœur de leur stratégie.

  • Marchés cotés: gestion actions et engagement actionnarial
    • Utilisation active des droits d’actionnaires pour challenger les entreprises sur E, S et G (plus de 50 résolutions déposées en fédérant d’autres gérants).
    • Exemple de dialogues: TotalEnergies (équilibre redistribution/transition), Vivendi (scission et valorisations des minoritaires), débats récurrents en saison d’AG.
    • Choix assumé de rester investi sur l’ensemble des valeurs du CAC 40, sans exclusion, pour faire levier via l’engagement.
    • Performance portée par un modèle de gestion propriétaire et des solutions d’IA.
  • Marchés non cotés: fonds d’investissement à impact social
    • Thèse centrée sur inclusion et capital humain; investissements et accompagnement pour faire changer d’échelle les entreprises sociales (éducation, formation, insertion, handicap, logement, économie circulaire, santé).
    • Mesure d’impact intégrée au dealflow et au suivi (méthodologie depuis 2006; reporting trimestriel et AG annuelle).
    • Dernière levée close avec des institutionnels européens (dont FEI) et ouverture renforcée aux investisseurs privés/family offices.

“Sur le coté, on agit par l’engagement; sur le non coté, par le capital patient et l’accompagnement.”

Philanthropie et investissement à impact: deux leviers, un même objectif

Stéphanie de Beaumont souligne la complémentarité:

  • La philanthropie répond à l’urgence et à l’expérimentation, sans contrainte immédiate de rentabilité; elle défriche des solutions nouvelles.
  • L’investissement à impact transforme certains modèles en entreprises viables, pour pérenniser l’impact sans dépendre du don récurrent.

Exemples concrets

  • Simplon(formation aux métiers du numérique pour publics éloignés): +36 000 personnes formées depuis 2013; 70 % de sorties positives (emploi ou reprise d’études). Don utile aux associations contre l’illettrisme; investissement utile pour l’industrialisation de la formation.
  • Entreprises issues d’associations: filialisation pour attirer des capitaux et changer d’échelle

“Le don explore; l’investissement pérennise. Ensemble, ils maximisent l’impact.”

Pourquoi l’impact social reste moins financé que l’environnemental

  • TRI attendus plus modestes (ordre de 5 %): incompatible avec des exigences “greentech-like”.
  • Durées plus longues (8–10 ans): temps nécessaire pour stabiliser les modèles et l’impact.
  • Biais culturel: l’impact social perçu comme domaine du don, non de l’investissement.

Réponse proposée par Phitrust: preuve par les faits depuis 2006, via capital patient, accompagnement de dirigeants et mesure d’impact exigeante.

Portefeuille impact social: quelques illustrations

  • Éducation: Kajou (filiale de Bibliothèques Sans Frontières), contenus éducatifs hors ligne pour régions isolées en Afrique de l’Ouest.
  • Inclusion financière: PerMicro (Italie), services financiers à des publics non bancarisés (femmes, jeunes, migrants en situation régulière).
  • Économie circulaire et insertion: Les Alchimistes, collecte et compostage de biodéchets, emploi de publics éloignés (déjà 26 territoires).
  • Biodiversité et inclusion: Sea Ranger Service (Pays‑Bas), restauration de la biodiversité marine et formation de 20 000 jeunes à des métiers maritimes.

Engagement actionnarial: un levier stratégique sur le coté

  • Dialogue soutenu avec les directions (ex. redistribution vs. investissements de transition, rachats d’actions pour annulation).
  • Construction de coalitions d’investisseurs; quand le seuil réglementaire (0,5 % du capital en France) n’est pas atteint, poursuivre le dialogue et la pression publique si nécessaire.
  • Une conviction: les entreprises qui adaptent leur modèle créeront la valeur à long terme.

“Engager pour transformer: l’influence actionnariale crée de la valeur à long terme.”

Dynamiques générationnelles: vers un portefeuille aligné

  • Jeunes générations: focus spontané sur environnement et éducation; impact perçu comme “must have”.
  • Générations plus âgées: sensibilité plus forte aux enjeux sociaux (exclusion, dépendance, cohésion).
  • Convergence: des familles souhaitent désormais aligner actifs et convictions, en intégrant une poche d’impact au cœur de la stratégie patrimoniale, pas à côté.

Trois conseils pratiques pour des familles actionnaires qui se lancent

  1. Clarifier convictions et priorités (inclusion, transition, santé, éducation) pour éviter la dispersion et focaliser l’impact.
  2. Choisir des partenaires qui mesurent l’impact autant que la performance financière; se méfier de l’“impact‑washing”.
  3. S’engager progressivement: allouer une poche dédiée, tester plusieurs véhicules (coté/non coté), inscrire la démarche dans le temps long.

A écouter sans tarder !

Le bilan d’étape

  • C’est notre « rapport de fin de mission », qui évalue (et valorise…) la résolution des problèmes posés, tels que décrits par le diagnostic (qui du coup est mis à jour) …
  • … tout en ouvrant aussi sur les nouveaux enjeux qui restent à aborder ou sur les nouvelles problématiques qui découlent du travail effectué…
  • … afin de garder en mouvement le collectif suite à la démarche.
  • C’est donc bien un « bilan d’étape », dans un processus en mouvement, car ce qui compte c’est la dynamique dans laquelle est placée la famille, pas le fait que Family & Co ait achevé une phase de sa mission !

La synthèse Family & Co

  • Tenant compte à la fois des enjeux identifiés, du contexte d’action et des ressources et contraintes, ce document synthétise les envies des actionnaires, leurs axes de réflexion et dessine les schémas d’organisation utiles pour résoudre ou anticiper d’éventuels problèmes.
  • Il intègre un plan d’action pour permettre à la famille d’approfondir ou concevoir les éléments de projet ou d’organisation qui sont adaptés dans sa situation.

Les entretiens Family & Co

  • Cette analyse complète vise à examiner la situation réelle de l’actionnariat en profondeur, à partir d’un croisement d’entretiens individuels complets et structurés et de moments collectifs
  • Issue d’une expérience de plus de 15 ans auprès des familles, cette grille d’analyse individuelle couvre de façon globale l’ensemble des aspects de la relation entre famille et entreprises, lorsque nombre d’intervenants sur notre marché, issus d’une expertise en particulier, adoptent des prismes techniques plus marqués et se concentrent sur telle ou telle dimension de cette relation.

La matrice des enjeux

  • A partir du diagnostic partagé, les principaux enjeux sont identifiés et discutés
  • Ils sont ensuite hiérarchisés dans la matrice des enjeux de Family & Co (en savoir plus ici)
    La « Matrice des enjeux » classe ces derniers, quelle que soit leur nature, en fonction de la maîtrise qu’en ont les responsables et de l’impact que leur « non résolution » peut avoir sur la vie de la société… ou de la famille.

Le diagnostic initial

  • Le point de départ est le diagnostic effectué par le responsable, seul ou avec F&Co.
  • Celui-ci est ensuite partagé avec le Partner Family & Co, avec lequel il donne lieu à une lecture critique.
  • Le diagnostic est finalement co-construit, c’est-à-dire fait l’objet d’un consensus entre les deux.