Dans cet épisode du Family & Business Podcast, Jonathan Chaignon accueille Lucien Roy, Family Officer chez iVESTA et créateur du podcast Le Family Office, pour explorer les enjeux de la structuration patrimoniale des dirigeants et de leurs familles.
En tant que Family Officer chez iVESTA Family Office et créateur du podcast Le Family Office, Lucien croise chaque semaine les regards de conseils, notaires, avocats; une richesse d’expériences dont il partage ici les enseignements.
Au programme de cet épisode :
- Pourquoi structurer ? Clarifier l’objectif et le rôle du family office
- Éviter le pire: les fondamentaux à sécuriser
- Préparer le meilleur: projet familial, transmission, et bons outils au bon moment
- Les bons moments pour agir: quand le mouvement aide la structuration
- Erreurs à éviter et conseils à mettre en place pour avancer sereinement
Pourquoi structurer ? Clarifier l’objectif et le rôle du family office
Pour Lucien Roy, la structuration patrimoniale commence par un principe simple: le patrimoine doit servir la vie de l’entrepreneur. En pratique, beaucoup de dirigeants n’ont ni le temps ni l’envie de piloter au quotidien un sujet technique et fragmenté entre banque, notaire, avocat, expert‑comptable. Le rôle du family office est alors de “fluidifier” l’écosystème: traduire le langage des experts, coordonner, prémâcher les options et amener le dirigeant au bon niveau de décision. L’image est parlante: devenir “chairman” de son patrimoine, plutôt qu’opérationnel.
Cette posture évite un biais courant: “sauter” trop vite aux solutions (investissements, schémas de transmission) sans vision d’ensemble. Comme en entreprise, on part d’une stratégie claire, puis on outille.
Deux questions fondatrices pour la feuille de route
- Mes besoins et mes projets: quel “BFR” de vie (train de vie, besoin de liquidité) et quels projets (investissements, achat de résidence, bateau, etc.)? Les identifier tôt conditionne les décisions ultérieures.
- Ma philosophie de transmission: quelle intention, quel tempo et quelle place donnée à chaque membre de la famille, en acceptant que cela évolue.
Une fois ces éléments cristallisés, on peut bâtir une feuille de route patrimoniale qui aligne entrepreneur, famille et investissements.
“Le patrimoine ressemble à une entreprise: stratégie d’abord, outils ensuite.”
Éviter le pire: les fondamentaux à sécuriser
La première étape vise à couvrir deux scénarios critiques, à traiter dans les 2–3 premiers mois d’accompagnement, sans chercher l’optimum, mais la protection.
Incapacité (l’accident “Schumacher”)
- Questions: que se passe‑t‑il pour l’entreprise, le patrimoine personnel, la personne?
- Outils usuels (avec le notaire et, côté entreprise, dans les statuts/pactes): mandat de protection future pour désigner les personnes de confiance et préciser l’étendue des pouvoirs; ajustements de gouvernance en cas d’indisponibilité d’un associé dirigeant.
Décès
- Gouvernance: qui décide pour le patrimoine et l’entreprise, et comment?
- Fiscalité: en France, les droits peuvent atteindre 45 %; sans préparation, la vente en urgence d’actifs est fréquente et rarement optimale.
- Outils de couverture (non optimaux mais nécessaires pour parer au pire): testament, aménagements de régime matrimonial, assurance‑vie, assurance décès calibrée sur l’enjeu, “trousses” préventives simples.
Cette première étape sécurisée, on peut ensuite travailler le projet et les mécanismes de long terme.
Préparer le meilleur: projet familial, transmission, et bons outils au bon moment
Le cœur du travail rejoint les sujets familiaux: définir un projet d’ensemble, souvent en couple puis avec les enfants, et conserver de la souplesse. Les outils ne sont que des moyens au service de ce projet:
- Pacte Dutreil (transmission d’entreprise) et aménagements de gouvernance associés.
- Soulte pour mieux intéresser l’enfant repreneur sans léser les autres, et libérer les conversations.
- Dons, donations transgénérationnelles, cessions, réorganisations (holdings, family buy‑out).
- Ajustements capitalistiques (réduction de capital, quasi‑usufruit) pour aligner autonomie des jeunes et sécurité des aînés.
Les bons moments pour agir: quand le mouvement aide la structuration
Deux catégories de “fenêtres” sont particulièrement propices:
- Grandes étapes professionnelles: LBO, cession, restructuration. Elles mobilisent l’attention ailleurs, mais ouvrent des possibilités de sur‑mesure patrimonial.
- Grandes étapes personnelles: mariage, divorce, succession, étapes de vie des enfants (prise de responsabilité). Ces transitions offrent du “mou” pour reconfigurer sans brutaliser.
Deux cas concrets qui changent tout
- Du projet “holding” au projet fédérateur
- Un entrepreneur souhaitait un projet commun via la holding. Les enfants, peu attirés par un projet économique imposé, craignaient d’être “enfermés” dans la structure. En partant d’un sondage familial, un thème commun est apparu: l’art. La solution a combiné davantage d’autonomie patrimoniale (donations, réductions de capital) et la création d’un fonds de dotation artistique, projet collectif, choisi ensemble. Résultat: adhésion et sens, plutôt qu’une “usine à contraintes”.
- Gouvernance bloquée: sécuriser les parents pour libérer les enfants
- Dans une grande holding familiale, toute la gouvernance avait théoriquement été transmise aux enfants, mais rien n’avançait. Le blocage réel: les parents dépendaient d’un dividende annuel; la peur d’une “mauvaise” décision des enfants entraînait un micro‑management permanent. La réponse a consisté à sécuriser le train de vie des parents (réductions de capital, ajustements de droits, quasi‑usufruit) pour, ensuite, libérer réellement la main des enfants. Une mise en cohérence entre intention de transmission et sécurité économique.
“Sécuriser les aînés débloque souvent la transmission: confiance d’abord, outils ensuite.”
Erreurs à éviter et conseils à mettre en place pour avancer sereinement
Erreurs fréquentes et comment les éviter
- Sauter aux outils avant le projet: revenir à la feuille de route besoins/projets/transmission.
- Se laisser dicter le tempo par une “fenêtre fiscale”: l’optimum financier ne justifie pas une décision qui fragilise la famille. Il y aura d’autres solutions demain.
- Reporter indéfiniment: créer des occasions pour penser la transmission, au bon niveau (en couple d’abord, puis avec les enfants).
- Sous‑estimer la charge mentale: gérer un grand patrimoine est un travail à temps complet. Un “comité” patrimonial (family office/chef d’orchestre) qui prépare des décisions « prêtes à décider” libère du temps et de l’attention.
Trois conseils pratiques pour avancer sereinement
- Prendre son temps… sans perdre le fil. Mieux vaut un chemin solide qu’une opportunité mal alignée.
- Ritualiser les moments de réflexion: caler des points aux grandes étapes pro/perso, en couple d’abord, puis avec la famille.
- Clarifier le niveau d’engagement souhaité: quel temps et quelle expertise je veux consacrer? Déléguer le “comex” patrimonial si nécessaire pour décider mieux.
“Créer des décisions prêtes à être prises: moins d’allers‑retours, plus de clarté.”
Ressources associées :
- À lire: Philippe Depoorter, “L’argent, poison ou trésor?” (référence citée dans l’épisode)
Bonne écoute !





