Dans cet épisode du Family & Business Podcast, Jonathan Chaignon reçoit Stéphane Godlewski, conseiller en philanthropie depuis près de 30 ans (fondations, mécénat d’entreprise, philanthropie familiale). Après avoir œuvré au sein de grandes causes (Apprentis d’Auteuil) puis aux côtés d’équipes juridiques spécialisées (Fidal), il fonde l’agence DoYouPhil, dédiée à la création et à la montée en puissance de fondations et de programmes philanthropiques. Ensemble, ils décryptent les motivations des familles, les formes possibles (mécénat, fondations, fondation actionnaire), les bénéfices (cohésion, transmission de valeurs) et une méthode concrète pour se lancer.
Pourquoi parle‑t‑on (davantage) de philanthropie familiale aujourd’hui? Stéphane Godlewski rappelle que l’engagement privé a de profondes racines historiques en France (charité, patronage, fondations), puis des renaissances successives: montée du “mécénat d’entreprise” (années 1970–1980) et, plus récemment, essor d’une philanthropie à dimension individuelle/familiale inspirée par des modèles anglo‑saxons. Côté entreprises, l’engagement s’est structuré (valeurs, cohésion interne, marque employeur, reporting extra‑financier). Côté familles, l’envie d’aligner conviction, responsabilité et transmission s’affirme: “faire utile” au bénéfice d’un intérêt général devient un projet à part entière.
“Un projet philanthropique familial dépasse la seule logique patrimoniale: il crée un terrain commun d’action et de sens entre générations.”
A écouter sans tarder !
Que retenir de cet épisode ?
Mécénat, fondation, fonds de dotation… et fondation actionnaire: que choisir?
- Mécénat d’entreprise: soutien financier ou en nature à des organismes d’intérêt général, avec un cadre fiscal connu. Utile pour démarrer, tester, impliquer des équipes (ex: mécénat de compétences).
- Fondation/fonds de dotation: structure dédiée à un programme dans la durée. Le fonds de dotation, très souple, permet de formaliser une stratégie, un positionnement (thèmes, publics), une gouvernance, un suivi d’impact, et de construire des partenariats solides.
- Fondation actionnaire (cas à part): utilisée pour la stabilité et la pérennité d’une entreprise (modèles développés en Europe). En France, le cadre évolue; l’outil vise autant la vocation d’intérêt général que la protection d’un “cœur d’entreprise” dans le temps. C’est un instrument de gouvernance capitalistique plus qu’un véhicule de mécénat.
Pourquoi les familles s’engagent: cohésion, valeurs, transmission
Les motivations reviennent souvent à trois ressorts:
- Cohésion intergénérationnelle: agir ensemble sur un projet non financier, partager des rencontres de terrain (associations/bénéficiaires) et vivre des émotions communes qui soudent durablement.
- Valeurs incarnées: expliciter ce que la famille veut promouvoir (éducation, inclusion, santé, culture, environnement…), l’inscrire dans un cadre et des actions tangibles.
- Transmission: donner des responsabilités graduées aux nouvelles générations, créer un espace d’apprentissage (comprendre des causes, sélectionner des projets, mesurer l’impact, piloter une gouvernance).
“Rencontrer les associations et les bénéficiaires change tout: l’émotion partagée nourrit l’engagement, la confiance et la durée.”
Fiscalité: un levier incitatif (entreprises et particuliers)
Sans entrer dans les détails techniques, Stéphane rappelle que les dispositifs fiscaux soutiennent l’élan:
- Entreprises: régime du mécénat (déduction dans des limites et conditions établies).
- Particuliers: réductions d’impôt (taux et plafonds selon la nature du don), legs/donations, possibilités liées à l’assurance‑vie, mises à disposition de locaux (conditions à respecter). L’essentiel: la fiscalité est un levier utile, mais le projet doit rester guidé par le sens, la stratégie et l’impact.
Comment se lancer: méthode en trois temps
- S’informer et s’inspirer
- Explorer des références (organisations de place, réseaux, clubs de mécènes).
- Rencontrer des pairs et des associations pour comprendre les besoins réels et les pratiques professionnelles du secteur.
2. Co‑construire le projet (famille et/ou entreprise)
- Ateliers collectifs (workshops) intergénérationnels pour cadrer:
- les thématiques/priorités (quels besoins, quels publics),
- le positionnement (ce qu’on fait et ce qu’on ne fait pas),
- la gouvernance (qui décide, comment, avec quels calendriers),
- le rythme (monter progressivement, pas à pas).
- Décider “go/no go” en connaissance de cause; si “go”, choisir le bon véhicule (fonds de dotation, fondation, mécénat).
3. Accompagner la montée en puissance
- Outiller la sélection des projets, le suivi opérationnel et la mesure d’impact.
- Ajuster au fil des retours de terrain; professionnaliser si besoin (partenaires, équipe, mécénat de compétences).
- Donner une place aux plus jeunes dans des rôles concrets.
“Un programme durable, c’est une stratégie claire, une gouvernance lisible et un suivi d’impact simple mais rigoureux.”
Cas de figure fréquents évoqués
- “Post‑cession”: après la vente d’une entreprise familiale, une fondation devient le nouvel espace commun pour continuer “le projet de famille” autrement.
- “Fondation issue d’association”: filialisations d’activités associatives pour changer d’échelle, avec apport de capital patient (logiques proches de l’impact social).
- “Fondation actionnaire”: instrument de pérennisation du cœur d’entreprise (stabilité, indépendance), encore marginal en France mais en progression.
Trois conseils pratiques pour démarrer
- S’informer et rencontrer (pairs, associations, réseaux): comprendre les besoins, les standards professionnels et les approches d’impact.
- Construire un projet à votre image: thématiques claires, objectifs, publics, gouvernance; avancer à votre rythme.
- Mesurer et apprendre: demander des résultats clairs aux partenaires, capitaliser sur l’expérience et ajuster pour durer.
A écouter sans attendre !
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