podcast 14 philippe depoorter

Family & Business podcast – Episode 14 – Récits de familles avec Philippe Depoorter

Dans cet épisode du Family & Business Podcast, Jonathan Chaignon reçoit Philippe Depoorter, fondateur du Family Practice de la Banque de Luxembourg. Fort de plus de vingt ans d’accompagnement de familles au Luxembourg, en Belgique, en Suisse et en France, il partage une lecture concrète et exigeante des dynamiques familiales: loyautés visibles et invisibles, place du conjoint, départ du dirigeant, et « limites » d’un modèle trop souvent idéalisé. Un échange nourri par ses expériences de terrain, ses programmes dédiés aux NextGen et ses travaux de recherche et d’écriture.

Au programme de cet épisode :

  • Loyautés et “musique intérieure”: quand le sentiment de dette oriente les trajectoires des NextGen
  • Le rôle du conjoint: entre invisibilisation et levier de transmission
  • Partir quand on a dirigé: élaborer une “première mort” et écrire l’après sans reprendre le flambeau
  • Les limites du modèle familial: vigilance éthique, dérives possibles et responsabilité des générations

À écouter sans tarder !

Que retenir de cet épisode ?

Un parcours et des références

Jeune retraité très actif, Philippe Depoorter continue d’enseigner, d’accompagner et de publier, avec un intérêt accru pour:

  • le “vivre et travailler ensemble” et l’apport des fragilités au monde de l’entreprise (jeunes marginalisés, handicap),
  • la coopération intergénérationnelle,
  • l’expérience du départ du dirigeant et la retraite au‑delà de sa dimension financière.

Dans son livre Ce que j’ai appris de vous. Voyage au cœur des familles en entreprise (éd. Banque de Luxembourg), il retrace l’histoire de 11 familles et explore des thèmes sensibles: loyautés conscientes et inconscientes, posture du conjoint, transmission. Il a également contribué à des travaux collectifs (Université de Liège – HEC Liège; Ichec) sur la perspective des NextGen et le rôle des conjoints.

Loyautés: dette, héritage et liberté de choisir

S’inspirant notamment de la logique don‑dette décrite par Marcel Mauss, Philippe Depoorter décrit un mécanisme puissant: l’accumulation des dons (éducation, patrimoine, opportunités) peut générer un sentiment de dette qui oriente les choix des jeunes, parfois au détriment de leur “musique intérieure”. La confusion fréquente entre “pérennité de l’entreprise” et “pérennité de la présence familiale” pèse sur les décisions. D’où un principe simple: à chaque succession, remettre les compteurs à zéro, autoriser la réinvention, y compris la “trahison” des loyautés si elle permet l’alignement des personnes et la compétence au bon endroit. Les risques d’une reprise “à contre‑cœur” sont réels: financiers, sociaux, psychologiques, identitaires.

Le conjoint: un acteur souvent central… parfois invisible

L’étude menée avec l’Ichec sur la position et les rôles du conjoint montre une réalité contrastée. Si de nombreux conjoints sont écoutés, reconnus et utiles aux circulations d’informations et de valeurs, une part non négligeable témoigne d’invisibilisation, voire d’exclusion symbolique. Cette place vacillante découle d’un mélange des genres entre famille et entreprise, et de représentations encore ancrées. À l’inverse, quand ils sont reconnus, les conjoints deviennent de véritables “courroies de transmission” entre dirigeants, enfants, famille élargie et collaborateurs; leur écoute sécurise les transitions et humanise la relation au projet entrepreneurial. Les jeunes générations ont, ici, un rôle de transformation: préserver la vigilance et éviter la reproduction de schémas patriarcaux dépassés.

Partir après avoir dirigé: élaborer l’après sans perturber la relève

Le départ du dirigeant demeure sous‑étudié du point de vue de celui qui s’en va. Au‑delà des processus de succession, l’enjeu est existentiel: “une première mort” à traverser, dans une société qui valorise la performance continue et peine à dire l’utilité du retrait. Philippe Depoorter insiste sur quelques invariants: transmettre les responsabilités et le pouvoir, célébrer le départ, ne pas “revenir” perturber la relève. Mais l’ajustement humain entre celui qui sort et celui qui arrive ne se décrète pas: il s’élabore, parfois en continuité de lieux, via un parcours de transition explicite. À noter: les héritiers eux-mêmes peuvent être dans le déni du départ à venir des parents; les loyautés réapparaissent ici.

Les limites du modèle familial: vigilance éthique et dérives possibles

Quand un modèle devient dominant, la vigilance doit croître. La “pérennité” de la dimension familiale, érigée en impératif, peut dériver si elle prime sur la liberté des personnes. Philippe Depoorter décrit ce qu’il nomme “abus de bien familial” par analogie avec l’abus de biens sociaux: instrumentalisation de membres de la famille, mise en rivalité, délégation aux NextGen de la résolution des conflits non assumés par la génération en place, parentalisation, décisions symboliques fortes créant des ressentiments durables. Ces dérives ne sont pas toujours intentionnelles, mais elles mettent en danger les personnes. D’où la nécessité d’un cadre clair, d’une éthique personnelle assumée et d’une distance consciente entre le dirigeant et “son” entreprise.

Conseil final aux actionnaires familiaux

« Apprendre à se mettre autour de la table dès qu’un problème survient et le résoudre ensemble, dans le respect de chacun et des intérêts de l’entreprise.”

Une pratique d’hygiène relationnelle plus qu’une méthode: la capacité à parler quand le différend surgit, au‑delà des intérêts individuels.

Pour aller plus loin

  • Philippe Depoorter, Ce que j’ai appris de vous. Voyage au cœur des familles en entreprise, éd. Banque de Luxembourg.
  • Études Ichec/HEC Liège sur la NextGen et le rôle des conjoints en entreprises familiales.
  • Sur les logiques don‑dette: Marcel Mauss, Essai sur le don.

Bonne écoute !

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Le bilan d’étape

  • C’est notre « rapport de fin de mission », qui évalue (et valorise…) la résolution des problèmes posés, tels que décrits par le diagnostic (qui du coup est mis à jour) …
  • … tout en ouvrant aussi sur les nouveaux enjeux qui restent à aborder ou sur les nouvelles problématiques qui découlent du travail effectué…
  • … afin de garder en mouvement le collectif suite à la démarche.
  • C’est donc bien un « bilan d’étape », dans un processus en mouvement, car ce qui compte c’est la dynamique dans laquelle est placée la famille, pas le fait que Family & Co ait achevé une phase de sa mission !

La synthèse Family & Co

  • Tenant compte à la fois des enjeux identifiés, du contexte d’action et des ressources et contraintes, ce document synthétise les envies des actionnaires, leurs axes de réflexion et dessine les schémas d’organisation utiles pour résoudre ou anticiper d’éventuels problèmes.
  • Il intègre un plan d’action pour permettre à la famille d’approfondir ou concevoir les éléments de projet ou d’organisation qui sont adaptés dans sa situation.

Les entretiens Family & Co

  • Cette analyse complète vise à examiner la situation réelle de l’actionnariat en profondeur, à partir d’un croisement d’entretiens individuels complets et structurés et de moments collectifs
  • Issue d’une expérience de plus de 15 ans auprès des familles, cette grille d’analyse individuelle couvre de façon globale l’ensemble des aspects de la relation entre famille et entreprises, lorsque nombre d’intervenants sur notre marché, issus d’une expertise en particulier, adoptent des prismes techniques plus marqués et se concentrent sur telle ou telle dimension de cette relation.

La matrice des enjeux

  • A partir du diagnostic partagé, les principaux enjeux sont identifiés et discutés
  • Ils sont ensuite hiérarchisés dans la matrice des enjeux de Family & Co (en savoir plus ici)
    La « Matrice des enjeux » classe ces derniers, quelle que soit leur nature, en fonction de la maîtrise qu’en ont les responsables et de l’impact que leur « non résolution » peut avoir sur la vie de la société… ou de la famille.

Le diagnostic initial

  • Le point de départ est le diagnostic effectué par le responsable, seul ou avec F&Co.
  • Celui-ci est ensuite partagé avec le Partner Family & Co, avec lequel il donne lieu à une lecture critique.
  • Le diagnostic est finalement co-construit, c’est-à-dire fait l’objet d’un consensus entre les deux.