Premier épisode de l’année 2023 du Family & Business Podcast: Jonathan Chaignon reçoit deux voix complémentaires pour parler d’engagement dans l’entreprise familiale. Jeanne Gautier, 3e génération, a rejoint l’entreprise familiale (agriculture, 160 collaborateurs) au poste marketing/communication tout en siégeant au conseil de surveillance. Ivan Girardot, 7e génération du groupe SEB, est actionnaire non opérationnel, très investi dans la gouvernance d’un actionnariat nombreux.
L’échange explore deux dimensions de l’engagement, opérationnelle et actionnariale, et met en lumière des leviers concrets: règles d’entrée/sortie, espaces de discussion distincts, dispositifs d’onboarding des jeunes majeurs, et, au cœur du collectif, un projet actionnarial “ambitieux et clair”.
“L’actionnaire familial est garant du long terme. C’est une responsabilité immense envers les collaborateurs et toutes les parties prenantes.”
Au programme de cet épisode
- Deux trajectoires singulières d’engagement: opérationnel et actionnarial
- Gouvernance d’actionnaires: quand le collectif devient nombreux
- Règles, rituels et dispositifs pour engager sans contraindre
- Conseils pratiques: liberté, projet partagé, professionnalisation
Que retenir de cet échange ?
1) Deux chemins d’engagement, une même responsabilité
Pour Ivan Girardot (groupe SEB), l’engagement s’est imposé “naturellement” côté actionnariat: curiosité pour l’aventure familiale, participation progressive, prise de responsabilités dans les organes familiaux, puis rôle d’interface avec le management.
“Petit à petit, vous construisez votre place. Personne n’est forcé de s’investir; c’est une décision individuelle.”
À l’inverse, Jeanne Gautier décrit un chemin plus délibéré: sujet “dormant” devenu choix affirmé lors d’un travail familial accompagné. Elle rejoint l’entreprise après une phase de préparation (environ 18 mois), tout en clarifiant une porte de sortie et un suivi RH “comme pour tout collaborateur”.
“Je voulais être rassurée: si je rejoins, dois‑je y ‘finir’? La réponse a été claire, avec des règles d’entrée et de sortie, et un suivi de carrière.”
2) Quand le collectif s’élargit: clarifier rôles, règles et espaces
Côté SEB, l’actionnariat compte environ 350 actionnaires (hors 8e génération en croissance). Ivan Girardot décrit une architecture vivante: comités dans les courants familiaux, véhicule commun de pleine propriété, et un “conseil du pacte” resserré (4 membres) qui synchronise les courants et dialogue avec le président du groupe.
La clé, selon les deux témoins:
- Séparer les arènes: famille, actionnariat, opérationnel.
- Installer des rituels: réunions régulières, calendrier, documents adaptés aux publics.
- Outiller les transitions générationnelles: “passe 18 ans” chez SEB, un livret pédagogique qui explique l’histoire, le rôle d’actionnaire, les notions (démembrement, usufruit, etc.).
“Sans collectif, pas d’aventure commune. Pour un actionnariat nombreux, il faut travailler l’adhésion, sinon la pérennité est fragile.”
3) Des règles pour entrer… et pour sortir
Dans la famille de Jeanne Gautier (7 actionnaires), le conseil de surveillance traite des sujets projectifs/structurants. Des règles d’accueil des membres de la famille sont posées:
- Entretiens périodiques (tous les 2–3 ans) avec un tiers pour que chacun exprime ses souhaits.
- Vérification des besoins et compétences côté entreprise.
- Possibilité explicite de sortie côté opérationnel (et traitement RH aligné aux standards).
Objectif: rendre l’engagement possible, lisible et réversible, sans créer d’impasse ou de pression implicite sur les fratries.
4) 2 conseils pratiques:
Deux lignes se dégagent:
- Laisser la liberté d’engagement. Éviter l’obligation, “désacraliser” le sujet, ouvrir des espaces de discussion distincts de la sphère familiale.
- Côté collectifs nombreux: définir un projet d’actionnaire “ambitieux, clair, communiqué”, capable de susciter l’adhésion sur plusieurs générations; adosser ce projet à des règles: représentativité, critères, compétences, branches, etc.
“Pour embarquer 350 personnes qui n’ont pas ‘choisi’ d’investir, il faut un projet ambitieux et ‘sexy’, bien expliqué, bien partagé.”
Bonne écoute !
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