Le projet d’actionnaires, c’est quoi ?

Le projet d’actionnaires est ce qui lie les familiaux de toutes les générations en tant qu’associés, au-delà de la simple détention des titres sociaux, affirmant les buts qu’ils souhaitent donner à leur action collective avec l’entreprise. Il définit ainsi les motivations qui les poussent à rester ensemble dans le capital de la société familiale. Le projet décrit aussi les activités que souhaitent développer les associés. Il intègre les modalités d’organisation (gouvernance familiale) qu’ils retiennent pour développer leur cohésion actionnariale et se mettre en ordre de marche pour atteindre leur ambition. Il est élaboré par un travail collaboratif des associés familiaux et est matérialisé dans un document, souvent appelé « charte des associés familiaux ».

Un projet d’actionnaires au-delà du projet de l’entreprise

Ce projet est bien sûr construit autour de l’entreprise familiale et avec elle, sans pour autant se limiter à celle-ci. Un projet familial décrit d’abord des valeurs, une vision du monde, une manière de faire les choses : tout cela ne dépend pas directement de l’entreprise et pourrait être toujours « valable » et opérant si la famille décidait de céder son entreprise et de faire l’acquisition d’une autre entreprise, ou de déployer des activités d’investissement ou à caractère philanthropique.

Par ailleurs une entreprise peut n’être qu’une composante d’un projet plus large. Prenons simplement le cas d’une famille qui détient plusieurs entreprises : le projet des associés s’appuie sur ces différentes activités, chaque entreprise jouant un rôle spécifique pour atteindre les ambitions définies par les associés. Dans ce cas le projet des associés est ce qui permet de donner un sens commun à l’activité des différentes entreprises qui le composent. C’est le projet des associés qui permet de décider la réallocation des ressources entre une entreprise et l’autre, en fonction des objectifs poursuivis par les associés.

D’autres familles déploient leur projet en s’appuyant sur une entreprise industrielle, une activité d’investissement en private equity et/ou une fondation : c’est bien cet ensemble qui compose le projet familial. Ce projet commun peut être plus ou moins polymorphe selon l’ancienneté de la famille, sa taille et la taille de son ou de ses activités. Il est nécessaire de chercher un alignement, une cohérence entre le projet des associés et le projet d’entreprise, mais ils ne se confondent pas.

Vision, valeurs et ambition

Le travail sur le projet permet d’exprimer les valeurs de la famille, de définir la vision de long terme dans laquelle les associés se reconnaissent et s’inscrivent, et de préciser les enjeux qu’ils souhaitent adresser collectivement. Ce travail permet de préciser quelle performance viser et dans quels domaines : quelle performance économique ; quel impact positif sur l’environnement naturel et social.

Il amènera aussi à clarifier le rôle de chacun : associés fondateurs, autres associés actuels, managers voire cadres non-associés…

Pour vraiment traiter ces sujets, il conviendra de savoir :

  • remettre en cause les fausses évidences : peut-être vaut-il mieux vendre une activité qui ne correspond plus aux aspirations de la famille que de la conserver parce que « nous avons toujours fait ça » ! Dans le même ordre d’idées, il est préférable qu’une partie de la famille quitte l’aventure si elle ne se reconnaît plus dans le projet plutôt que de tenir à absolument garder tout le monde « à bord »… ;
  • et d’interroger les « esprits » (de famille, d’entreprise) pour définir plus concrètement autour de quoi les familiaux souhaitent renforcer leur association.

La formalisation du projet : gouvernance lisible et charte des associés familiaux

Pour terminer, le projet d’associés pourra enfin prévoir un schéma de gouvernance cohérent avec la vision et le projet. L’organisation de l’actionnariat familial pourra également intégrer des :

  • principes de pilotage du capital (dont liquidité, ouverture à l’entrée de tiers, principes concernant l’actionnariat salarié) entre associés familiaux ;
  • principes de circulation de l’information entre les associés et entre l’entreprise et l’actionnariat, voire de formation des associés, afin que chacun soit mis en situation de jouer son rôle d’associé ;
  • processus permettant de fluidifier la relation entre les associés et l’entreprise (comme par exemple les processus concernant le recrutement de familiaux en tant que salariés) ;
  • et tout autre sujet jugé utile ou nécessaire par la famille, dans son cas particulier.

Le travail réalisé sur le projet des associés est matérialisé dans un document souvent appelé « Charte des associés familiaux ». Cette charte est plus ou moins détaillée en fonction des familles et de leurs besoins ou usages, est dotée ou non d’annexes, et peut être signée « formellement » par les familiaux afin de leur permettre de matérialiser leur engagement individuel voire de les inciter à la respecter et à la faire respecter.

En fonction de la nature de son contenu, la charte peut avoir une simple portée morale, tout comme elle peut engager contractuellement les associés. Cela peut alors se traduire par une révision des statuts et l’écriture ou la réécriture des pactes d’associés. 

FAQ

De quoi se compose une charte ?

Schéma structure d'une charteA chaque famille, à chaque projet, à chaque actionnariat correspond sa charte d’actionnaires (sa vision, ses valeurs, ses schémas d’organisations…). Cela doit être défini en regard de la situation spécifique, de l’ambition et des objectifs que se donnent la famille.

Qui pour donner l’impulsion au travail d’un collectif actionnarial ?

L’impulsion du travail sur le projet viendra le plus souvent de la direction qui prend conscience d’un besoin ou, plus rarement, d’un groupe d’associés. La démarche, si elle est faite en sincérité, crée par elle-même une dynamique puisque le(s) dirigeant(s) se met(tent) en posture d’humilité, d’écoute, pour accueillir ce que le collectif attend, soit une synthèse des aspirations individuelles.

Comment rassembler et faire travailler des actionnaires autour d’un projet commun ?

Un travail collectif – Sans remonter jusqu’à Robert Louis Stevenson et son « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage », il est évident que le processus d’élaboration du projet des associés compte autant que le contenu auquel il aboutit. C’est ce processus qui permet d’impliquer concrètement les associés et de favoriser leur adhésion au projet en résultant. Il donc capital de mettre les associés en mouvement collectivement. Cette démarche est l’occasion de les faire travailler ensemble, souvent pour la première fois, qu’ils soient au nombre de 5, 20, 50 ou même 500. Mais comment faire travailler ensemble des profils aussi divers qu’un être humain est unique ? D’abord en amenant chacun à accueillir et à respecter cette diversité, puis à se concentrer sur ce qui rassemble plus que sur ce qui distingue ou sépare… Redonner la parole aux associés, les interroger sur le projet d’ensemble fédérateur est un passage clé pour faire les meilleurs choix, ceux qui se révèleront tels au fil des années.

Un travail participatif – Il convient de s’attacher à faire parler les silencieux voire les réfractaires et de casser les habitudes de communication familiale (trop critiques, trop hiérarchiques, trop centrées sur la génération ou les personnes au pouvoir) pour développer une véritable dynamique collective au sein de l’actionnariat. Une telle dynamique repose sur la capacité à faire s’exprimer chacun et à entendre ce qu’il a à dire, comme autant de composantes d’une fresque collective qui se compose au fil des échanges avec les individus ou en groupe.

Au plan pratique – Ce travail s’articule autour d’interviews individuelles (avec tous les associés ou un échantillon « représentatif » lorsque l’actionnariat est très dispersé), de travaux en petits groupes, d’échanges et de validations en réunion plénière des associés. Il faut compter 9 à 18 mois pour élaborer un projet d’associés robuste à moyen-long terme.